Surcharge pondérale, ce que la génétique nous dit enfin.
- julia ghilini
- il y a 2 jours
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On entend encore trop souvent : "Si tu faisais attention à ce que tu manges…" ou "Un peu de volonté, et ça irait mieux." Ces phrases, répétées depuis des décennies, dans l'intimité ou dans les infrastructures de santére, posent sur une croyance tenace : l'obésité serait le résultat d'un manque de discipline alimentaire. Une faute morale déguisée en diagnostic médical.
La recherche en génétique, accumulée depuis plus de 15 ans, dit autre chose. Et il est temps de l'entendre.
L'obésité est reconnue comme une maladie DEPUIS 1997 !
Depuis 1997, l'OMS classe l'obésité comme une maladie chronique. En France, 18,1 % des adultes sont obèses, soit environ 9,8 millions de personnes. Pourtant, la stigmatisation reste omniprésente, y compris dans le soin. Ce que les études de génétique montrent depuis plusieurs années, c'est que l'obésité n'est pas une simple équation calories ingérées / calories dépensées. Elle est le résultat d'une interaction complexe entre patrimoine génétique, environnement, et biologie.
Les gènes de l'obésité : des découvertes solides
La génétique de l'obésité se divise en deux grandes familles :
1) Les obésités monogéniques : un seul gène fautif.
Rares mais très sévères, elles résultent de la mutation d'un gène unique. Le gène MC4R (récepteur 4 de la mélanocortine) est la cause la plus fréquente d'obésité monogénique chez l'être humain. Les personnes porteuses de ces mutations ressentent une faim excessive et ont des difficultés à atteindre la satiété.
Cette mutation du gène MC4R concernerait 6 % de la population mondiale. Selon une étude norvégienne, avec un même régime alimentaire et un même mode de vie, ces personnes prennent en moyenne 13,9 kg de plus que les personnes dont ces gènes n'ont pas muté.
Ce n'est pas une question de volonté. C'est une question de biologie.
2) Les obésités polygéniques : la forme la plus courante.
La grande majorité des cas d'obésité implique non pas un, mais de nombreux gènes.
Le gène le plus étudié est le gène FTO (Fat mass and Obesity-associated). Les variations de ce gène sont associées à une augmentation du risque d'obésité de 20 à 30 % chez les porteurs homozygotes.
Ce gène influence le comportement alimentaire en modulant les sensations de satiété et la préférence pour les aliments riches en calories.
Autrement dit, le cerveau de certaines personnes reçoit moins bien le signal "tu as assez mangé".
L'héritabilité confirmée par les études sur les jumeaux
Les études sur les jumeaux confirment l'héritabilité de l'obésité : les vrais jumeaux ont souvent des indices de masse corporelle plus similaires que les faux jumeaux élevés dans des environnements différents.
L'obésité polygénique résulte de l'interaction de nombreux facteurs génétiques de prédisposition avec les facteurs environnementaux, et son développement suit une trajectoire pondérale dès les premières années de vie.
Gènes et environnement : une interaction, pas une fatalité
Il serait réducteur de dire que "tout est génétique". La nuance est importante.
Il existe un continuum génétique entre les formes monogéniques et polygéniques de l'obésité : dans un même gène, on peut trouver chez certains individus des mutations rares et très délétères, et chez d'autres des variants fréquents ayant un effet modeste
L'environnement (industrie alimentaire ultra transformée, exposition au stress, sédentarité et stress) peut aggraver une prédisposition. Mais il ne la crée pas à partir de rien.
Comprendre cela, c'est sortir d'une lecture punitive de la corpulence.
Le Wegovy (sémaglutide) : comment il fonctionne, et pourquoi il n'est toujours pas remboursé
C'est dans ce contexte scientifique qu'est née une nouvelle classe de médicaments : les analogues du GLP-1, dont le sémaglutide est le représentant le plus médiatisé.
Le mécanisme d'action
Le Wegovy contient du sémaglutide, une molécule qui imite l'action d'une hormone naturelle appelée GLP-1. Il cible les zones du cerveau qui contrôlent l'appétit pour réduire la sensation de faim et les fringales, et il ralentit la vidange gastrique. Résultat : on se sent rassasié plus vite et plus longtemps.
En d'autres termes, il ne "force" pas à manger moins par une contrainte externe, il rééquilibre un signal biologique qui était défaillant. Il permettrait une perte de poids moyenne d'un peu plus de 12 % après 68 semaines de traitement. Des résultats autrefois atteignables uniquement avec la chirurgie bariatrique.
Ozempic et Wegovy : la même molécule, deux usages
Wegovy et Ozempic contiennent tous les deux du sémaglutide. La différence majeure réside dans leur indication officielle et leur dosage : l'Ozempic est approuvé pour traiter le diabète de type 2, tandis que le Wegovy est spécifiquement dosé et approuvé pour le traitement de l'obésité.
Disponible, mais réservé à ceux qui peuvent payer
Depuis octobre 2024, le Wegovy est commercialisé en France à un prix fixé librement par le laboratoire, sans remboursement possible par l'Assurance maladie. Ces traitements peuvent représenter un budget mensuel de 200 à 300 €.
En décembre 2024, la commission de transparence de la HAS a validé un avis favorable au remboursement, mais uniquement pour les adultes ayant un IMC ≥ 35 kg/m² en cas d'échec d'une prise en charge nutritionnelle bien conduite.
Les experts estiment que le Wegovy pourrait être remboursé courant 2026, si les négociations entre l'État et le laboratoire aboutissent. En attendant, l'accès à ce traitement reste une question de moyens financiers, ce qui pose, en soi, une vraie question d'équité en santé.
Le brevet du sémaglutide appartient au laboratoire Novo Nordisk jusqu'en décembre 2031, ce qui signifie qu'aucun générique moins coûteux ne pourra exister avant cette date.
Ce que cela change dans notre regard
En tant que professionnels de santé, nous sommes en première ligne face aux personnes qui vivent avec l'obésité. Et nous avons une responsabilité : celle de ne pas reproduire les biais que la société leur inflige déjà.
Comprendre que l'obésité est une maladie aux déterminants biologiques complexes, et non une défaillance morale, c'est changer la qualité de l'accueil, du soin, et de l'accompagnement que nous proposons.
Ce n'est pas exonérer le mode de vie de tout rôle. C'est simplement cesser de le porter comme seule explication, et encore moins comme condamnation.
Sources principales :
Frayling TM, et al. A common variant in the FTO gene is associated with body mass index. Science, 2007.
Khera AV, et al. Polygenic prediction of weight and obesity trajectories from birth to adulthood. Cell, 2019.
Inserm – Obésité et surpoids
HAS – Wegovy (sémaglutide), avis de la commission de transparence, décembre 2024
Médecine/Sciences – Génétique des formes monogéniques d'obésité
La Revue du Praticien – Génétique et épigénétique de l'obésité
Julia GHILINI Ostéopathe ©


