top of page

Ostéopathie, recherche et image publique : pourquoi le flou profite aux extrêmes

  • Photo du rédacteur: julia ghilini
    julia ghilini
  • 23 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours








Sur les réseaux sociaux, l’ostéopathie est parfois présentée de façon spectaculaire et comme solution absolue.


Ce qui m'interpelle, ce n’est pas une expérience (même spirituelle) en elle-même mais plutôt ce mélange des registres : la clinique, les croyances, la spiritualité, la formation et l’expérience personnelle. Et cet amas peut donner une image publique floue et parfois caricaturale de notre profession.


Alors pourquoi ce flou existe-t-il ? La recherche telle qu'on la conçoit est-elle adaptée à l'ostéopathie ?




1) L’EBM : utile, mais incomplète ?


L’EBM (Evidence-Based Medicine) a révolutionné la médecine au début des années 90. Cependant, on la réduit souvent encore à une seule méthode : l’essai randomisé contrôlé (RCT).


Dans ce modèle, on cherche à isoler une intervention, à standardiser le geste, et à mesurer un effet “pur” dans un groupe homogène.


Cela fonctionne bien pour :

  1. un médicament,

  2. une chirurgie,

  3. une procédure standardisée.


Mais l’ostéopathie n’est pas un médicament.



2) L’ostéopathie ne rentre pas dans la case “standardisation”


En ostéopathie, l’intervention est toujours personnalisée. Le toucher n’est pas un geste mécanique isolé, il est influencé par : la relation thérapeutique, l'histoire du patient, son état émotionnel, son contexte de vie, sa perception du soi et la façon dont le corps intègre la séance.


Et ces éléments ne sont pas des “biais” à éliminer : ce sont des composantes réelles du soin.



3) Le modèle BPS : la réalité clinique


Le modèle bio-psycho-social (BPS) a été proposé par George Engel dans les années 1970, non pas pour remplacer le modèle biomédical, mais pour le compléter. Il s’agit d’un modèle systémique : il considère que le biologique, le psychologique et le social ne sont pas des éléments séparés, mais des dimensions interconnectées d’un même système.


Le BPS reconnaît que la maladie, la douleur et le processus de soin ne peuvent pas être compris uniquement à partir d’une lésion ou d’un dysfonctionnement organique. Ils sont aussi influencés par les émotions, les croyances, le stress, le contexte de vie, les relations, et l’environnement.

L’ostéopathie, par sa nature holistique et relationnelle, s’inscrit naturellement dans ce modèle systémique.



4) La recherche “classique” ne répond pas à la bonne question


Le problème n’est pas que la recherche soit inutile. Le problème est que la recherche EBM ne pose peut-être pas la bonne question. Plutôt que d'évaluer l'efficacité d'une technique pour la standardiser, ne faudrait-il pas s'interesser comment et pour qui l'ostéopathie serait utile ?



5) La cohorte : une méthode complémentaire adaptée à la complexité clinique


La cohorte consiste à suivre un groupe de patients dans la vie réelle, sans chercher à les rendre identiques. Elle permet de mesurer : l'évolution clinique, la durée de l'effet, les profils pour qui ça fonctionne, les facteurs associés à une amélioration.


Il est utile de compléter ces données par des approches qualitatives : entretiens, récits de patients, observation clinique, analyse de la relation thérapeutique. En combinant plusieurs méthodes (quantitatives et qualitatives), on obtient une vision plus complète et plus fidèle de la réalité clinique : une recherche plus scientifique, mais aussi plus réaliste.


6) Le lien avec l’image publique floue


La recherche en ostéopathie évolue doucement ce qui crée un vide polémique comblé par le spectaculaire en ligne. Les réseaux sociaux récompensent le message simple, fort, sensationnel.

Les contenus nuancés ne deviennent pas viraux. Donc, si la recherche ne donne pas un discours clair et accessible, c’est le flou qui devient visible.


Et ce flou nourrit la méfiance des médecins et du public, caricature notre profession à l'extrême.



7) La question de la communication : une réflexion plutôt qu’une règle


Une question se pose : comment communiquer sans transformer la pratique en spectacle ?


Les réseaux sociaux favorisent les messages simples et spectaculaires. Or, une profession complexe comme l’ostéopathie ne se prête pas naturellement à ce format.


Dès lors, une réflexion peut être utile : est-il pertinent de distinguer clairement ce qui relève d’une pratique clinique validée de ce qui relève d’une expérience personnelle ou spirituelle ?


Ce n’est pas une obligation, ni une règle morale, c’est une question de cohérence. Si l’objectif est de défendre une image professionnelle crédible, la manière de communiquer collectivement pourrait alors influencer fortement la perception du public.



© Julia Ghilini Ostéopathe

 
 
bottom of page